Publié le 28 avril 2026 Prévention et Sécurité au Travail

On le sait : dans tous les secteurs d’activité (BTP, industrie, agroalimentaire, aéronautique…), le bruit est un compagnon de travail quotidien. Si la réglementation protège efficacement l’audition des salariées, un petit » stagiaire en immersion totale » reste pourtant exposé aux décibels : le fœtus.
Contrairement aux idées reçues, le ventre maternel n’est pas une chambre parfaitement insonorisée. Voici pourquoi il est temps de repenser la protection auditive durant la grossesse.
La fonction auditive du fœtus se met en place progressivement. Dès le 6ème mois, la cochlée devient active. Mais attention, les trois derniers mois de grossesse constituent une « période critique » : l’oreille est alors en pleine maturation et devient particulièrement vulnérable aux traumatismes sonores.
La paroi abdominale et le liquide amniotique agissent comme un filtre. Le problème ? Ce filtre ne bloque pas tout :
Les fréquences aiguës sont plutôt bien atténuées.
Les basses fréquences (inférieures à 250 Hz), en revanche, traversent la barrière abdominale avec une facilité déconcertante, et peuvent même être légèrement amplifiées (+3,7 dB).
Le paradoxe des Protecteurs Individuels Contre le Bruit (PICB) : Si une salariée porte des protections auditives, elle protège ses propres oreilles, mais le bruit de forte intensité et riche en basses fréquences continue d’atteindre le fœtus à travers son corps.
La réglementation actuelle s’appuie sur le dB(A), une unité de mesure qui imite l’oreille humaine adulte en filtrant les basses fréquences. C’est parfait pour la mère, mais inadapté pour le fœtus qui, lui, subit justement ces basses fréquences.
Pour mieux évaluer le risque, il serait plus pertinent d’utiliser le dB(C), qui prend en compte l’ensemble du spectre sonore.
Exemple : Dans un atelier de cartonnage, un bruit mesuré à 83 dB(A) (sous le seuil d’alerte) peut en réalité atteindre 88,4 dB(C).
Autre point de vigilance : le congé maternité.
Depuis 2007, la possibilité de reporter une partie du congé prénatal après la naissance expose davantage de femmes à des niveaux sonores élevés durant le dernier trimestre de grossesse, soit précisément durant la période de vulnérabilité maximale du fœtus.
Pour garantir la sécurité auditive de l’enfant à naître :
L’objectif est simple : faire en sorte que le monde du travail ne devienne pas le premier traumatisme sonore d’une nouvelle vie.
Pour aller plus loin :
Bruit et grossesse – Concours médical 2010-2011
Exposition des femmes enceintes au bruit – CARSAT 2023
Grossesse et bruit en milieu professionnel – Revue Prescrire 2017
Source : D’après les travaux de Pierre Campo (INRS).